Trans Mecs & Mecs
Mon corps en procès
Mon corps en procès, Ludwig Trovato, Flammarion, 2003.
"Ludwig Trovato est transgenre : né fille, mais vivant en homme depuis plus de vingt ans. En 1999, à Reims, il est accusé de viol et d’agressions sexuelles par un jeune homme avec lequel il a vécu une relation amoureuse. Au terme de trois ans de procédure, il est relaxé en 2002 à l’issue d’un procès en correctionnelle. " Il est important pour moi de tout dire parce que, pour échapper à l’injustice, il faut se montrer tout entier. "
Dans ce récit introspectif qui mêle l’autobiographie à un regard intime sur l’identité sociale et sexuelle, Ludwig Trovato retrace le parcours d’un étonnant imbroglio judiciaire où, au nom du retour à un certain ordre moral, la société s’est choisi un bouc émissaire au profil dérangeant.
Une mise à nu sans fard."
La lecture de ce livre m'a beaucoup frappé, car je me trouvais pour la première fois en face d'une personne qui avait eu une approche de la sexualité et des expériences sexuelles quasiment pareilles aux miennes. Le rencontrer par la suite de visu n'avait fait que confirmer ce sentiment.
Il a réalisé un documentaire autobiographique sur son parcours et cette affaire, intitulé "Ludwig", non disponible commercialement, à ce que je sache.
Ludwig Trovato: Mon sexe est dans ma tête
"Mon vrai sexe est dans ma tête, oui, je n’ai cessé de l’affirmer. Dans un livre d’abord, puis dans un film. Et mon genre d’aujourd’hui est tellement celui que j’ai choisi qu’il importe peu que mon sexe soit connoté différemment: féminin, dit-on. Mais est-ce donc si simple ? Ce n’est pas dichotomique à ce point. Revenons au point de départ. J’étais une file qui voulait être un garçon. J’en ai adopté le genre. Je voulais changer de sexe aussi. Trop compliqué ! Mon sexe est dans ma tête, me suis-je dit. Mais pas seulement, serais-je tenté de dire aujourd’hui. Le genre du sexe est aussi dans le mouvement. Du bassin, des reins, dans cet « aller de l’avant » du sexe tout entier. La testostérone aide bien sûr, mais avant elle ? Du plus loin que je me souvienne, c’est la masturbation qui m’a amené sur la voie. Je ne me masturbais pas comme une fille. Alors quel était donc ce plaisir si direct qu’il différait du plaisir « féminin » ? Entre quatorze et dix-sept ans, les mouvements de ma main sur mon sexe ont changé. On m’avait dit, j’avais lu, entendu, qu’il suffisait de caresser d’un doigt, de chercher, de frôler avec délicatesse ce petit bourgeon qu’on nomme clitoris. Cela ne me contentait pas. J’ai vite réalisé que c’était le sexe tout entier qu’il me fallait empoigner, et exécuter un mouvement de bas en haut, en saisissant le plus de masse possible, vigoureusement. S’il est dans ma tête mon pénis, il est aussi entre mes jambes j’en suis aujourd’hui bien convaincu. Et je me dois de décrire de l’intérieur, moi, Ludwig Trovato, transgenre ftm, le plaisir sexuel qui est le mien."