La personne qui l'a écrite souhaite rester anonyme.
(Pour en savoir plus sur le TPE: Le Traitement Prophylactique Post Exposition
http://www.actupparis.org/spip.php?article3030 )
"TPE
Mes amies m’ont dit parle, parle, raconte, explique, soulage toi…. C’est vrai de quoi j’aurais peur...
J’ai des tendances pédés (ça arrive aux gens biens), je suis trans en plus, je fais des rencontres internet, j’ai appris à parler pédé : plans, uro, direct, réel, cam, Kpote, bbk, act, pass, suce… j’ai appris à connaître ce monde violent, direct que sont les rencontres internet, tu es un bout de chair et l’autre aussi. On sait tous les deux pourquoi on est là, et généralement on ne va même pas prononcer un mot.
Bien sûr, j’explique mon corps, être trans dans ma ville c’est pas courant, et en plus pédé encore moins. Du coup je simplifie, rentrer dans des notions de genres dans ce genre de conversation entre un "uro" et un "actif" ca fait débander. Du coup je suis le mec avec une chatte, et après peu importe ce qu’ils comprennent de mon passé, de ma transition, souvent d’ailleurs ils se trompent. Ce que je veux c’est rapide, intense, direct, sans blabla.
Au début, après un plan pédé, je me sentais sali, humilié, je n’ai toujours pas compris pourquoi. Au début je me jurais de ne me pas recommencer et pourtant j’y retournais… mais toujours avec capotes ! Toujours en imposant qui j’étais. Avoir un rôle d’actif dans mes relations pédés, ne fut pas chose aisée, souvent chatte = passive. Du coup j’étais souvent passif.
Mercredi, j’étais passif, j’étais soumis… j’avais dit « je veux un plan avec capote» toujours avec capote. J’étais la tête contre un arbre, forcé à me faire empaler par une bite sans plastique, contraint à prendre le jus. Il se rhabille, je reste sonné là…
J’appelle M : « Faut que j’aille prendre un TPE » Traitement post exposition. Les hôpitaux, c’est pas mon truc, enfin ce n’est pas le truc de beaucoup de gens, mais encore moins le mien, c’est un lieu synonyme pour moi de discriminations, de refus de soin…
TPE… TPE… finalement le rapport non consenti non protégé passe après, il faut que je prenne une tri thérapie, je ne fais que de me répéter ça. Il faut que je la prenne pour éviter le VIH. Je connais le TPE, je connais le mode d’administration, avant 4 heures c’est mieux après 48 heures c’est foutu. En plus il faut que je prenne une pilule du lendemain… il y a peu de risque mais je ne veux pas courir le moindre risque.
M et M m’emmènent aux urgences, elles sont tristes, en colère. Je crois que je tiens le coup. J’attends 4heures aux urgences je crois… enfin après le délai qu’on m’a appris…. On me pose des questions, je mentirai, non ce n’était pas un viol. Je veux que tout ça s’arrête… je veux me réveiller et que tout soit un mauvais cauchemar.
J’explique à M et M mon ressenti... Je suis trans, je suis plus sujet aux discriminations, aux viols... je suis une population à risque ? Je leur dis que je ne veux pas que personne sache, je leur dis que je ne veux pas porter plainte. Je suis militant pourtant... je ne me comprends pas mais c’est mon instinct, il me dit de me protéger.
On me file le pilulier. Une prise de sang, on me fait signer des documents. Le médecin était gentil. Je dors chez elles et je prends mes cachets. La première nuit était plutôt simple, mal dormi mais finalement je n’ai pas vomi.
Le lendemain matin direction le M.I.T. pour avoir mon traitement pour 15 jours et refaire le point. Prise de sang. Je sens comme une lassitude chez les soignants, qui restent gentils mais usés… Je dois revoir l’interne dans 15 jours pour voir l’état de mon foie. Je reprends mes cachets. Ils sont énormes.
Aujourd’hui je mange, je vomis. J’ai commencé à avoir la diarrhée. Dans 10 jours, j’aurais moins d’effets secondaires.
Dans 10 jours j’aurais moins mal
Dans 15 jours, je fais le point
Dans 1 mois, j’arrête la tri thérapie
Dans 2 mois je fais un test hiv
Dans 4 mois, on vérifie la syphilis
Enfin si j’ai tout compris.
Je ne veux pas être séropo, je sais à quel point ca peut changer une vie, je ne veux pas que ma vie soit changée par cette maladie.
Je ne sais pas ce que je vais faire de ce texte… je sais que si je le publie, on parlera….. on se demandera pourquoi je ne porte pas plainte, pourquoi, pourquoi, pourquoi….
Mais dans ma tête ça fait cachets, cachets, cachets….. et moi j’ai peur….."