Trans Mecs & Mecs

"Top To Bottom" - Par J. Macey, 2008

jeudi 4 septembre 2008

Après toute une semaine passée assis dans un bureau, ce que je préfère le plus au monde c’est d’aller en boîte. Loin de mes ennuyeux collègues hétéro, une nuit passée à danser avec plein d’hommes en sueur, torses nus, aimant se serrer les uns contre les autres et généralement beaux gosses, me relaxe et me rappelle qu’il y a une lueur au bout de la semaine de travail. Même si la plupart des gens dans les boîtes sont des inconnus, il y a un sentiment d’unité que je n’ai jamais vécu ou vu dans des boîtes hétéro ; les mecs hétéro se battent, les mecs queer "voguent". C’est pourquoi il est si important que nous ayons des endroits séparés qui nous soient réservés.

Ayant la vingtaine, une chevelure épaisse, des habits seyants, et encore plus du fait que je sois actif, je suis l’objet de pas mal d’attention dans les boîtes. Mais même si je me trouve être célibataire à un moment donné, et même si le prétendant potentiel semble rentrer dans mes critères ridiculement étroits pour petits copains potentiels, il est rare que ça m’intéresse de laisser quelque chose se développer. Il m’a fallu du temps pour ne pas me sentir nul en ne dansant qu’avec mes amis ou tout seul, mais il m’a fallu aussi beaucoup de temps pour apprendre que je suis mieux sans des bagues sur la moitié des doigts et une chaîne en argent dans mes poils de torse.

Une nuit alcoolisée, après que les amis avec qui j’étais venu se soient casés avec d’autres personnes, j’ai décidé d’approcher un gars qui m’avait lancé un ou deux regards. On a passé un très bon moment. Il correspondait à toutes mes conditions préalables : en taille (pas trop grand) ; cheveux (fournis et foncés), et rôle (passif, passif, passif !). Quand il a crié-murmuré dans mon oreille le truc coquin qui est tout particulièrement l’objet de mes fantasmes, je l’ai presque ramené à la maison.

Mais le ramener à la maison, je ne l’ai pas fait. Je lui ai dit de m’attendre pendant que j’allais aux toilettes. Mais je ne suis jamais revenu. À la place, mes potes et moi avons échoué au resto graisseux ouvert 24h/24 qui est de rigueur pour une vraie soirée gay et nous sommes rentrés à la maison, achevant une autre nuit glorieusement répétitive. Inutile de dire que le lendemain je me sentais comme un parfait connard.

Pour moi, sortir avec quelqu’un sans me prendre la tête ou baiser des mecs, c’est tout un travail. En fait, et ça en étonnera certains, je trouve que c’est des fois plus compliqué avec les hommes qu’avec les femmes. Nous connaissons tous cette histoire qu’être bisexuel est plus malin parce que cela augmente son nombre de partenaires potentiels, et bien que ça soit toujours vrai pour moi, le nombre n’augmente pas pour un transsexuel female-to-male actif comme il le fait pour un actif qui n’est pas trans.

Ça ne fait pas longtemps que j’ai découvert les tonnes de mecs gay bio sur CraigList qui recherchent des mecs trans gay. Quand j’ai commencé à transitionner au lycée, et quand j’ai découvert plus tard l’existence de mecs trans qui aiment d’autres mecs, et quand encore plus tard j’ai réalisé que ma vie c’est être un mec trans qui aime tous les genres (mais jamais les blond/es), je n’ai jamais pensé que je verrais le jour où les FTMs seraient fétichisés. En bien ou en mal, tout le monde connaît les femmes transgenres, mais female-to-male pourrait tout aussi bien signifier licorne-vers-leprechaun ; la population générale ne sait pas qu’on existe, encore moins à quel point on est cool (Ok, certains de nous.) Maintenant que de plus en plus de mecs gay réalisent qu’ils peuvent apprécier sortir avec nous et nous baiser, la vie des mecs bio aimant les mec trans est en train de changer.

Cependant, à quelques exceptions appréciées, presque tous les pédés courant après les FTMs recherchent des passifs. Il y a beaucoup d’actifs cherchant des FTMs, et des FTMs passifs, et je parie qu’ils sont en train de baiser sublimement pendant que vous lisez ceci. Tant mieux pour eux. Mais revenons à moi : qu’est censé faire un mec trans actif ? Je n’ai pas d’expérience perso à ce sujet, mais je suspecte que la plupart des mecs bio préféreraient apprendre que j’ai des morpions plutôt qu’avoir des détails sur l’équipement bien personnel que je porte en dessous de la ceinture.

À cause de cette réalité frustrante, je ne couche pas à droite à gauche, et je sélectionne qui je vais pourchasser. À ce stade de ma vie, en tant qu’homme jeune, sans bride sur le cou, autonome et généralement rempli de confiance en lui et satisfait, je ne pourchasse personne qui me laisserait penser qu’il n’en vaille pas la peine. Les passifs c’est beaucoup de travail, qu’ils vous aiment ou non. Je n’aime pas perdre mon temps ni celui de quiconque.

Je ne suis pas l’un de ces FTMs qui pense que nous devrions renier les bénéfices de notre orifice supplémentaire ; bien au contraire. En tant que personne qui aime et apprécie les passifs, et repose d’une certaine manière sur eux pour avoir des relations sexuelles valables, je pense que c’est super que d’autres hommes trans soient capable d’utiliser en totalité la complexité de leur corps tout en gardant leur sens de masculinité et leur intégrité. Ça serait con de pas en profiter.

 ?Cependant, moi, je ne suis pas passif. Il semblerait que cela rende les mecs perplexes sur ce que, exactement, je compte faire avec eux. Par exemple, il y a eu ce mec au placard qui avait été passif avec tous les mecs avec qui il avait couché, que j’ai menotté et fessé, et qui pensait tout de même que j’étais passif. Après l’avoir détaché, il s’est nerveusement placé entre mes jambes, a froncé les sourcils, et a visé avant que je comprenne ses intentions.

Ce n’est cependant pas juste l’idée de coucher avec moi qui à l’air de perturber les mecs. Car il y a eu le gars que j’ai rencontré en boîte et avec qui je suis sorti deux trois fois. Il était magnifique, et lors de notre première sortie m’a dit de façon inattendue, "Je cuisinerai pour toi, je ferai le ménage, mais je garde mon travail ! Maintenant, regarde le film." En apprenant ce qui me rend si singulier, il a eu l’air dévasté et il a dit qu’il devait rentrer chez lui pour faire un somme. Je ne l’ai plus jamais revu, et, inutile de dire, c’est une bonne chose.

Ça fait maintenant des années que je parle de trucs trans à mes amis, ennemis, écoles, collègues et personnels médical et social. Bien que j’ai appris des choses, et que j’en ai par ailleurs tiré profit, ce jeu est pour moi aussi has-been que le terme has-been. Il fût un temps où je voulais pathétiquement et désespérément discuter de genre jusqu’à ce que je n’ai même plus l’énergie de lever ma tête parfaitement gominée, mais finalement il semble que j’ai dit tout ce que j’avais à dire —à plusieurs reprises— et avec des réactions diverses. Ainsi, dans l’espoir de parer à de nouvelles discussions (des passifs végétariens, drôles, bruns et petits lisant ceci ?), permettez moi d’aborder ici quelque uns des trucs importants — quelques trucs que je suis las d’expliquer. Vous remarquerez que ce dont je suis le plus las d’expliquer, ce sont les aspect mécaniques de mon corps, vu que pour les autres aspects de la vie transgenre j’ai moins de risque de me répéter. Après avoir lu ceci, avec un peu de chance si je vous drague vous saurez à quoi vous attendre.

En tout premier lieu, avant d’en venir à l’essentiel, sachez que ma masculinité n’est pas négociable. Si vous avez du mal à me voir comme un homme, faites vous-y. J’ai probablement du mal de mon côté à vous trouver intéressant. Ne m’expliquez pas les conditions sous lesquelles vous allez accepter ma masculinité, ou non ("Eh bien, tant que tu es debout..."). Vous vous souvenez de ce questionnaire d’hétéro-sexisme que vous aviez adoré les cinq premières fois que vous l’avez lu ? Celui qui demande comment les gens savent s’ils sont hétéro s’ils n’ont jamais partagé une folle nuit d’amour avec une personne du même sexe ? Et bien, j’ai vécu en tant que femme. J’ai vu "l’autre" côté (bien que nous sachions tous que le genre n’est pas vraiment binaire, n’est ce pas ?) et je sais au fond de mon cœur que je n’en suis pas une. La plupart des hommes savent ça sans jamais avoir vécu en tant que femme : moi au moins j’ai fais l’effort de faire des recherches. Si il n’existait qu’une quantité restreinte de masculinité de par le monde, qui en mériterait le plus : le gars qui a à peine remarqué la sienne, ou celui qui s’est attardé dessus, a dépensé d’innombrables dollars, a perdu le soutien de personnes qui soit-disant devaient l’aider, et qui a généralement pris de grands risques pour être celui qu’il est ?

Comme beaucoup de FTMs, je passe en tant qu’homme. À moins d’avoir vu beaucoup, beaucoup de mecs trans, (sérieux, un paquet de mecs trans), vous penseriez que je suis né de sexe masculin si je vous approchais dans un bar. Je suis officiellement de taille moyenne pour un homme américain, tragiquement poilu, et le mois dernier j’ai été décrit comme ayant un "look hétéro" par un gars qui semblait penser que je le prendrais pour un compliment. Comme beaucoup de FTMs, j’ai un torse musclé avec des cicatrices chirurgicales —que je préférerais être absentes, ou au moins moins proéminentes, mais le fait est que j’étais bien fourni et je suis reconnaissant au chirurgien d’avoir réussi la topographie. Être capable de juste mettre un t-shirt et me ruer dehors est un luxe qu’à présent j’essaie de penser à ne pas tenir pour acquis.

Il y a beaucoup de raisons qui font que souvent les mecs trans choisissent de ne pas se faire opérer du bas. Parmi celles ci il y a l’accès à des soins médicaux de qualité, le coût monétaire et des résultats variant dangereusement. Ma motivation, cependant, est qu’après une opération du torse et quasiment une décennie sous testostérone, mon corps est déjà génial.

Le clitoris a plus de 8000 fibres nerveuses, plus qu’aucun autre organe du corps d’aucun sexe, et existe exclusivement pour le plaisir sexuel. Le mien est sous stéroïde. Si j’ai le temps, je peux avoir cinq orgasmes par jour et pas une seule fois tâcher les draps. L’impuissance n’est pas quelque chose dont je dois me soucier (mon impuissance, en tout cas). Les partenaires avec un réflexe pharyngé sensible n’ont aucun problème avec moi, mais peuvent ressentir en bouche la différence entre érection et après-érection. Si je suis tellement excité que ma vision devient trouble, je peux glisser la main dans mon jeans et m’apaiser sexuellement sans les sons ou la preuve typique des mâles bio. Pas besoin d’un jock-strap, parce que mon équipement ne vadrouille pas un peu partout (ça serait grossier !). Et puis, c’est mon opinion qu’un pénis au repos tend à avoir l’air déprimé et résigné, comme si il était dans une chanson country qu’on ne peut pas souffrir. Si je veux pisser debout, ou plier en deux un beau gosse sur le canapé et le baiser, j’ai des équipements qui feront l’affaire — toute taille, forme ou couleur, électrique ou standard, pour aussi longtemps que nous serons tous deux vivants. Les mecs trans et leurs outils ont parcouru un long chemin ensemble. Et si la santé d’un des appendices en particulier est remise en question, il peut être remplacé bien plus facilement qu’un qui serait attaché de façon permanente à mon corps.

Et pour pousser cette complète analyse un peu plus loin, hommes aimant les hommes bio : si vous supposez que votre partenaire a besoin d’une bite pour vous faire passer du bon temps au lit, vous manquez d’imagination et d’inspiration, et peut-être ne faites pas ce qu’il faut. Nécessité est mère de créativité et j’ai appris comment obtenir ce que je veux tout en satisfaisant mon partenaire. Si vous avez besoin de quelque chose dans votre cul pour jouir, super ; vous pouvez sucer votre FTM actif, et que juste après il vous plie en deux sous lui — nous ne mettons vraiment pas beaucoup de temps à recharger. Vous en aurez plus pour votre argent.

J’aurais pu expliquer tout ceci au beau gosse dans la boîte cette nuit là, et peut-être que j’aurais du. Mais je n’étais pas obligé de partager tant de choses personnelles après avoir juste un peu dansé et s’être un peu tâtés, ou de donner un atelier improvisé sur aimer les trans, ou —dans le pire des cas— de devoir me défendre d’une manière ou d’une autre. Je ne devrais pas être obligé de faire ça, parce que je ne porte pas de déguisement. Ce que vous voyez est ce que vous obtenez, et si vous voyez des choses qui n’existent pas, vous devriez regarder « Priscilla, Folle du désert », encore une fois. Supposer, c’est l’origine de toutes les conneries, chéri. Peut-être que j’aurais du ramener à la maison ce beau gosse brun et passif, le pousser à terre, et entrer dans le feu de l’action sans lui donner l’occasion de se conduire comme un crétin. Peut-être que ça faisait des années qu’il sortait avec des FTMs actifs et qu’il espérait que j’en sois un. Comment diable le savoir ?

La morale de l’histoire est qu’en matière d’hommes trans, il ne faut bien souvent pas se fier aux apparences. Nous n’avons jamais été ces licornes insaisissables pour lesquelles on nous prend parfois, bien que nous avons joué un rôle qui, d’une manière comparable, nous a semblé étranger. Croyez-en un mec actif, les gars : si vous rencontrez un beau mec trans tout en écumant un bar, demandez-vous si vous évaluez correctement sa sexualité. Si vous vous y prenez bien, il pourrait simplement, comme un leprechaun, vous porter chance. Vous n’êtes peut être pas habitué à nos charmes, mais ils sont délicieux.

Enfin, les miens le sont, en tout cas.

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